Rapa Nui – Tapati 2014 ou Comment nous pouvons prétendre avoir marqué l’histoire de l’île de Pâques

La raison pour laquelle nous sommes restés 10 jours sur l’île de Pâques, c’est que nos dates coïncidaient avec la Tapati Rapa Nui 2014, un festival local qui nous a fait voir le côté vivant de la culture pascuane.

poster tatpati 2014

Je les fais tout de suite, comme ça ce ne sera plus à faire, le nom de la fête prête aux jeux de mots: Tapati, ta pa revenu; Tapati, te pu la; Tapati et patata… on les a tous essayés [Gilles B., si tu m’écoutes…]. Maintenant soyons sérieux cinq minutes.

Je parlais dans l’article précédent de l’authenticité de la tradition, la Tapati, bien qu’elle soit l’occasion de présenter des éléments de la culture ancestrale, n’est à l’origine qu’un concours de « Miss » local qui ne date que des années 1970.

Se sont progressivement greffées des épreuves de toutes sortes, mais le but du jeu reste d’élire la Reine de l’île (la reine de beauté, pas la gouvernante) qui représentera Rapa Nui dans toute la Polynésie. Je pense sincèrement que jamais Miss France ne rassemblera autant de monde que Miss Rapa Nui. Si on ajoute l’afflux de touristes, ça donne un grand festival.

Et pourtant, toujours à en croire notre logeur-guide, si personne ne venait y assister, l’événement aurait quand même lieu entre pascuans et sa forme ne serait guère différente.

Décor
Décor de la scène principale

La Tapati, c’est devenu l’affrontement de deux familles influentes de l’île, deux clans qui remettent tous les ans leur titre en jeu en mobilisant quasiment toute la population de l’île (l’histoire qui nous a été révélée ne parle pas de tragédie à la Romeo & Juliet, cela dit on peut toujours imaginer…). La compétition dure 15 jours, mais la préparation peut durer cinq ans! Le montant de la participation est assez dissuasif, nous avons entendu parler de plus de 30 000€…

Les épreuves

(sources wikipedia – * = photos chopées sur le net – pour les nôtres, voir la galerie):

  • Vaka Tuai: chaque équipe doit recréer une embarcation traditionnelle polynésienne et prouver sa navigabilité.
  • Takona: compétition de peintures corporelles. Les compétiteurs doivent utiliser la technique traditionnelles de mélange de pigments naturels et décrire à la communauté ce que signifient leurs peintures.
Tapati-pintura-corporal
* Takona
  • Riu: compétition où les plus expérimentés de chaque alliance interprètent des chants rituels qui relatent les épopées historiques et les légendes du peuple rapanui.
  • Koro Haka Opo: compétition de groupes musicaux représentant chaque alliance, où se distingue les capacités chorales des participants dans l’interprétation de thèmes en alternance avec les groupes rivaux, sans se répéter, ni se tromper dans les paroles.
  • Haka Pei: compétition où les jeunes gens intrépides dévalent la pente de la colline Pu’i (45° d’inclinaison, 120m de long) sur le tronc d’un bananier, atteignant des vitesses qui vont jusqu’à 80 km/h.
Tapati (1)
* Haka Pei
Descente de volcan sur tronc de bananier, vue du sur-lendemain (pas très spectaculaire du coup!)
Descente de volcan sur tronc de bananier, vue du sur-lendemain (pas très spectaculaire du coup!)
  • Pora: compétition de nage sur des flotteurs de jonc. On y mesure l’adresse et la résistance des compétiteurs qui couvrent une distance de 1 500m en costume traditionnel et peintures corporelles.
Course aquatique
Pora
  • Tau’a Rapa Nui: compétition sportive qui se déroule sur le Rano Rarku. Sur le mode du triathlon, on y alterne trois modalités courses traditionnelles: Vaka Ama (canotage à bord de petites embarcations de jonc), natation sur Pora (flotteur de jonc) et Aka Venga (qui consiste à courir en portant deux régimes de bananes sur les épaules).
tapati
* Aka Venga
tapati triathlon
* Vaka Ama
  • Titingi Mahute: compétition de travail du mahute (plante introduite par les premiers habitants polynésiens) du traitement de la matière première à la confection de costumes traditionnels.
Tapati-Tingi-Tingi-Mahute1
* Titingi Mahute

D’autres représentations s’ajoutent à la compétition, comme le récital de l’école de musique locale et des groupes invités, comme cette année des danseurs marquisiens.

Comme les photos que nous n’avons pas prises l’indiquent, nous n’avons pas assisté à tout.

En revanche, nous avons vu quelques unes des épreuves de chants et danses (voir galerie) qui rassemblent au bas mot une centaine de personnes sur scène. Je parlais plus haut de participation, ça fait trois compétitions (enfants, jeunes, adultes) avec deux équipes à chaque fois donc une mobilisation de quelques 600 personnes rien que pour cette épreuve, soit quand même 10% de la population totale de l’île (20% des Rapanui!). Un taux qui a de quoi rendre jaloux quelques scrutins français!

Danses - adultes
Danses – adultes
Danses - Adultes
Danses – Adultes
Danses - Adultes
Danses – Adultes

Mais là où nous pouvons nous targuer d’avoir influencé l’histoire de l’île de Pâques, c’est pendant l’événement final:

La farandula

Le dernier jour de la Tapati, les deux équipes forment chacune un cortège avec des chars et de la musique. Tout le monde est invité à y participer, même (et surtout) les touristes. Comme toutes les autres compétitions du festival, ces deux cortèges donnent lieu à l’attribution de points. Avant le départ, chaque participant passe devant un jury qui (si nous avons bien compris) lui attribue 10 points s’il est en costume traditionnel (c’est à dire les fesses à l’air), 5 points s’il a fait l’effort mais gardé ses sous-vêtements, et 3 points s’il s’est contenté de se peinturlurer un peu.

Touriste (?)
10 points
Notations (à suivre)
5 points

Dans l’ignorance de ces règles, et craignant le soleil du Pacifique, nous avons longtemps hésité à participer… et puis non. Nous avons opté pour la sécurité: regarder passer le cortège d’une terrasse ombragée, avec une bouteille de vin blanc frais et une vieille hôtesse de l’air anglaise pour compagnie.

Et c’est comme ça que…

Pour la première fois de l’histoire de l’île de Pâques (bon, pour la première fois depuis les années 70, mais ça revient au même), les deux candidates ont eu le même nombre de points!

Taurama Hey Rapu et Vai A Rupe Hotus ont toutes les deux été élues reine.

Et c’est de notre faute.

Si nous avions participé à la farandula de l’une ou de l’autre, nous aurions fait pencher la balance de 6, voire 20 points… Non, vu certains derrières de touristes que nous avons croisés, ça n’aurait pas dépassé 10 (nous avons notre fierté!), mais quand même!

Voila le résultat!

Reine de l'île (à suivre)
Les deux reines

Quelque part, j’ai un peu honte.

 

Ah, sinon, j’aime beaucoup le style de l’artiste qui a fait les affiches des deux années précédentes.

Poster Tapati 2012 poster tapati 2013

 

Sources complémentaires sur la Tapati Rapa Nui:

Thèse en espagnol « Tapati Rapa Nui comme exemple de gestion culturelle multiple »

Traitement de l’événement par CNN Chile

 

4 commentaires sur “Rapa Nui – Tapati 2014 ou Comment nous pouvons prétendre avoir marqué l’histoire de l’île de Pâques

  1. J’adore simplement!!!!
    Merci à toi Steph, merci à vous deux de nous faire partager la culture Rapa Nui…..
    Que de choses apprises et qui inspirent…..

    Je partage ton goût pour l’affiche de l’année dernière…..
    Iorana (je ne sais pas si tu peux le dire en fin de phrase…?! )……qqn me l’a appris 😉

    Unos fuertes abrazos
    Tani

  2. … A la veille de Pâques, ici en Normandie, nous nous sommes sentis – contrairement à vous – obligés de nous livrer aux rituels de l’île. En simple qualité de touristes, nous avons atteint le score de dix points contre dix en optant pour la tenue fesses à l’air. Sans peintures toutefois. Donc ici non plus, pas de vainqueur: égalité. Solidarité avec les « on ne sait Pâquois »… Vos péripéties nous amusent bien…
    Isabelle et Daniel qui vont refaire un petit tour à Iguazu avant d’éteindre l’ordi…

  3. Bonjour,
    Merci d’avoir partagé cette magnifique fête de Rapa Nui.
    Je me permets de vous écrire pour vous demander l’origine de deux posters colorés (j’aime beaucoup !).
    J’aimerais pouvoir présenter cette fête au lycée où je travaille. Justement, au mois de février prochain, il y aura une exposition consacrée aux différents carnavals au monde. Et je voudrais apporter mon grain de sel.
    Connaissez-vous quelqu’un que je pourrais contacter pour avoir des posters ?
    Merci et bonnes fêtes !

    Carolina

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