Goodbye Collingwood

Séquence émotion : jeudi 26 décembre 2013, nous bouclons les valises, nous caressons une dernière fois le chien et nous fermons derrière nous la porte du 16 Glasgow Street, à Collingwood.Comme un cliché à la fin d’un film, je revois en flashback les scènes de notre arrivée et les instants marquants de nos deux mois à cette adresse qui restera, je pense, notre « chez  nous » australien.

Brisbane, début octobre. Nous sommes encore chez Thomas le teuton et nous préparons la fin du road-trip. Sur AirBnb, nous avons réduit notre sélection de points de chute sur Melbourne à trois annonces :

Annonce 1 : Une yourte en centre-ville. Véritable yourte traditionnelle installée dans un jardin de Fitzroy, le quartier que nous visons. Saatia, la propriétaire nous répond de Mongolie où elle est en train d’organiser un circuit touristique, que les séjours de trois mois sont exceptionnels, mais que nous avons l’air sympa et qu’elle aimerait bien nous rencontrer.

Yurt in the City
Yurt in the City

Annonce 2 : Collingwood Calling. Une chambre d’amis chez un couple de femmes qui travaillent dans l’industrie culinaire. Toute la maison nous est accessible (à part leur chambre, bien entendu), et il y a une arrière cour où elles cultivent des herbes aromatiques que nous pouvons utiliser pour nos petits plats si nous voulons. Leur chien est très sympathique. Sara répond que, malheureusement, la chambre n’est disponible que jusqu’à Noël mais qu’elle serait contente de faire notre connaissance parce que nous avons l’air sympa.

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Collingwood Calling

Annonce 3 : Corporate en-suite bedroom in shared house. La chambre a l’air très chic et dispose de sa propre salle de bain, la maison est partagée par d’autres locataires, tous des professionnels, à Carlton, en bordure du quartier que nous visons. Effie, la logeuse, s’est débattue avec les maths airBnBiennes afin de nous calculer un prix négocié pour les trois mois de notre séjour en ville, parce que nous avons l’air sympa.

Chic
Chic

Je me félicite du portrait que j’ai brossé de nous sur AirBnB, qui semble donner l’impression que nous sommes sympas, et nous commençons à peser le pour et le contre de chaque option. La yourte est tentante mais quand même très chère, la chambre d’amis semble accueillante mais nous devons partager un espace avec des inconnues, la chambre à Carlton est indépendante, mais les colocataires ne sont peut-être pas ce que nous cherchons… Nous finissons par opter pour l’Annonce 2. Nous finalisons la transaction par mail et nous partons dans notre camper van.

L’idée que nous nous faisons de l’endroit est basée sur les quelques photos du site. Elles sont très fidèles à la réalité, mais nous avons deux semaines pour imaginer ce qui est hors-cadre et, rien que ça, ça ferait une belle histoire !

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    Les herbes dans la cour

Au bout de nos quatorze jours de route, après avoir vécu l’Australie rurale, nous nous retrouvons d’un coup dans la jungle urbaine de Melbourne. Je rappelle que le véhicule fait 7 mètres de long, ce qui change la donne dès qu’on retrouve le trafic des métropoles. Habitués à trouver les aires de repos sur des routes isolées, il nous faut maintenant repérer le 16 Glasgow Street dans une ville dont nous ne connaissons rien. La rue n’apparaît sur aucune de nos cartes, elle n’existe pas sur le GPS de l’iPhone, mais je la trouve sur le navigateur du Nokia, qui lui, ne me donne pas accès au GPS. Armé des deux appareils, celui qui indique notre situation et celui qui point vers notre destination, je copilote comme je peux et le camper van s’enfonce dans les rues très peuplées de la capitale du Victoria. Ah, et bien sûr, j’ai retenu le numéro 19, mais nous n’en sommes encore qu’à chercher la rue.

Heureusement, l’urbanisme australien est basé sur des axes perpendiculaires et on finit relativement facilement par retrouver nos marques. Victoria Street se transforme en Victoria Parade, plus loin sur la gauche, on doit déboucher sur Wellington, sauf que je ne suis pas très bien latéralisé, donc quand on arrive à Wellington, je dis « droite, droite ! », et on tous les ustensiles du van expriment leur réprobation (le conducteur aussi, d’ailleurs). Quelques rues plus loin sur la droite, la vraie droite… oui la droite, doit se trouver Glasgow. En effet, nous voyons le panneau et nous tournons du côté de la main qui tient le couteau.

La rue est étroite et en sens unique, mais on dirait qu’il ne s’agit que d’une allée qui dessert les entrepôts de diverses usines. Mon image mentale, essentiellement basée sur les pots d’herbes aromatiques, en prend un sacré coup. Je m’attendais à une zone un peu plus résidentielle, quand même ! Et où est donc le numéro 19 ? Nous faisons le tour du pâté de maisons pour retrouver la porte que nous avons dû rater. Il y a bien une entrée d’immeuble avec un escalier, en face d’une sorte de boulangerie industrielle, mais ça ne ressemble pas à la pub…

Je ressors l’annonce ; 16 ! C’est au numéro 16 de Glasgow Street où, en effet, il y a une maison. Toute seule, au milieu de grands bâtiments en briques. La rue n’est pas très passante et c’est tant mieux, parce que nous la bloquons avec le van. Je descends, la clé est censée nous attendre dans un pot de fleurs, je la trouve, j’ouvre la porte et le chien aboie comme prévu. J’entre avec notre première valise. Derrière la porte, il y a Lisa, allongée sur le canapé à regarder la télé. Je lâche un « Hi » surpris, il devait n’y avoir personne à notre arrivée. Sara arrive de la cuisine et m’accueille gentiment et me fait visiter rapidement les lieux, notre chambre, la salle de bains. J’ai encore trois valises à décharger. « On a un gros van à garer », je dis. « Il y a de la place dans la rue », répond-elle. « Non, mais il est très gros », je réponds. Elle le voit. « Ah, oui, quand même ! Bon, il y a un parking, pas loin ». On a décidé de rendre le van aussitôt, de toute façon (on n’a pas le choix, il n’est plus loué que pour deux heures).

On n’est pas du tout dans un quartier résidentiel, donc, mais la maison est très agréable. De plain pied, avec en enfilade un petit séjour sur lequel donne notre chambre, une salle à manger sur laquelle donne celle de nos hôtesses, la cuisine et la salle de bain qui ouvrent sur la cour. Le décor est hétéroclite avec des murs blancs et un parquet de bois assez brut avec des taches de peinture et de nombreux meubles de récup. Dans pratiquement chaque pièce il y a des livres sur la bouffe ou sur la cuisine. Dehors, les pots d’herbes aromatiques recouvrent totalement un vieil établi devant la baie vitrée de la cuisine. Devant un cabanon-débarras, un évier à deux bacs a été recyclé en jardinières pour les tomates. Tout autour de la cour, de vieux bidons d’huile d’olive grecque plantés de pousses inconnues complètent la collection. Il y a aussi des géraniums, des plantes grasses et, entre les briques dans la petite allée qui longe la maison, un figuier tout en hauteur qui a poussé tout seul il y a deux ans et dépasse le toit avec ses fruits bientôt murs ; son odeur vient parfois nous rappeler la Méditerranée. Un grand arbre indéterminé procure l’ombre nécessaire pour rafraichir cette cour en été, il perd continuellement des petits fruits, comme des mini figues, et des feuilles qu’il faut balayer tous les matins. Dans ses branches, une cage à oiseaux sans fond, entourée d’une guirlande électrique. Il porte aussi la pointe d’un hauban triangulaire dont les deux autres pointes sont attachées au toit de la maison et qui apporte l’ombre au reste de la cour. A son pied, deux bancs et une table en bois dont les lattes ont été repeintes de toutes les couleurs. D’emblée nous nous y sentons bien.

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L’ambiance générale

Le chien, Action, est une femelle staff (je découvre cette race parce que je n’y connais rien en chiens). Elle peut sans doute être impressionnante mais elle est tellement gentille et joueuse, que je doute de ses véritables qualités de chien de garde. En tout cas, nous pouvons revenir vider la maison quand on veut (ce qui n’est pas un risque majeur dans la mesure où nous voyageons déjà bien chargés et aussi, accessoirement, où nous sommes des gens honnêtes).

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Le chien de garde

« Pour ce soir, on vous a préparé un curry. J’espère que vous aimez ça. » dit Sara.

Heu… bah oui, mais on ne s’attendait pas vraiment à cet accueil. Immédiatement, on se sent en confiance, chez nous, avec de vieilles amies.

Deux mois comme ça, ça va être dur !

Et les deux mois passent. Nous découvrons le quartier, les bars, les restaurants, la vie de Collingwood/Fitzroy est exactement ce que nous recherchions. Le reste de la ville est à l’avenant, je n’ai pas encore trouvé grand-chose qui cloche avec Melbourne.

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Le figuier

Quelques autres flashs : le froid au début du printemps et les couvertures électriques ; l’odeur constante du pain en train de cuire dans la boulangerie industrielle d’à côté (nous les avons vus faire refroidir le pain dans notre rue, il nous faudra deux mois pour essayer les sandwiches dans leur boutique) ; le sèche linge caractériel ; les bières dans la cour pendant la Melbourne Cup ; le beau-frère qui entre bourré dans notre chambre, deux fois dans la même nuit ; le café avec Sara qui travaille de chez elle sur la grande table de la salle à manger ; les « good morning » à peine ironiques quand on se lève vers treize heures ; les woks ; les « Vous auriez dû nous dire, on savait que c’était nul » et les « Vous devriez essayer… » judicieux ; Lisa qui ironise sur le boulot de JC « Il ne va jamais rentrer », « C’est quoi ce van pourri ? » ; ou « Bon apéro » quand elle nous voit sortir à 16h ; le mâle pressentit pour qu’Action ait des petits et qui s’appelle Bang-Bang ; les yeux de Sara quand elle parle de Byron Bay ; Lisa en cravate au retour du boulot ; les bouquets de lys sur la grande table en bois ; la radio laissée en permanence dans la journée sur Triple J pour tenir compagnie au chien ; leur projet d’une fête le 26 janvier où elles demanderaient à fermer la rue Glasgow et où Lisa insiste pour avoir un grand château gonflable (la fête n’aurait pas lieu, pour finir…) ; elles nous appellent « French » nom collectif indifférencié ; nous les appelons « les filles »…

Un soir, sur leurs conseils, nous allons voir Some Velvet Belles (cf. découvertes locales) au Some Velvet Morning pour écouter chanter Larissa, leur meilleure amie. Après le concert, nous nous présentons et nous découvrons que les autres les appellent « The Ladies » (les Dames). Exemple de la manière dont nos hôtesses sont vues à l’extérieur : « D’habitude quand on invite les gens, ils arrivent avec une bouteille, voire un gâteau, elles, elles arrivent avec tout un repas ».

Bien sûr, les Dames travaillent, elles travaillent même beaucoup, et nous ne sommes pas toujours ensemble, loin de là, mais nous sommes bien chez elles. Chez nous.

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Dernier cadeau

Le 23 décembre, comme elles nous laissent seuls pour Noël et que nous allons partir sans les recroiser, elles nous préparent un repas de fête avec des produits français. Quand elles se couchent, le blues attaque grave. Nous nous croisons quand même le lendemain pour nous dire au revoir. Elles nous ont acheté une bouteille de la bière australienne que nous buvons régulièrement, cuvé spéciale « Glasgow Girls ». Dès qu’elles partent pour passer les fêtes en famille, même si nous gardons le chien, la maison est vide.

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Lys de Noël

Nous passons un Noël en demi-teintes en essayant de ne retenir que le réveillon de l’avant-veille. Il fait chaud, le quartier est désert. Je pars dans une frénésie de photos du quartier pour en emporter le maximum avec moi. JC numérise tous leurs CD (ou presque).

« C’est une page qui se tourne » disais-je à Sara quelques jours avant. « Il va y en avoir beaucoup d’autres, cette année. Il va falloir qu’on apprenne à gérer… »

Le 26, nous bouclons les valises, nous caressons une dernière fois le chien et nous fermons derrière nous la porte du 16 Glasgow Street, à Collingwood.

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16 Glasgow

L’épisode suivant débute…

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0 commentaire sur “Goodbye Collingwood

  1. Bon, votre aventure australienne se termine, nous sommes prêts à découvrir l’épopée américaine à présent, impatients d’avoir une vision original sur ce qui se passe là-bas. Nous avons passé une bonne partie de la soirée à relire le volet australien: mais que faisait donc Louis Bertignac déguisé en barbier (ou en comptable?).
    Bon voyage! Nous guettons la suite à l’heure américaine (laquelle, vous nous le direz…). A
    moins que certains articles du stock australien viennent encore compléter la collection. Nous verrons… Bon changement de continent!

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