L’injustice faite à Kensington

Dans un voyage comme le nôtre, l’ordre des événements compte. Si nous étions arrivés à Melbourne par Kensington et non par Collingwood, nous aurions sans doute mieux apprécié ce petit quartier d’une banlieue qui n’est guère plus lointaine.

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Notre arrivée à Kensington

Le quartier où nous avons séjourné pendant notre dernier mois n’est pas moins pourvu en endroits sympathiques. Lui aussi a ses deux libraires, dont une qui vend des disques d’occasion et fait également restaurant, ses restaurants ethniques, rapides et/ou gastronomiques, ses petits cafés/pâtisseries avec WiFi gratuit, ses trois bottleshops (les magasins qui vendent de l’alcool car la plupart des supermarchés n’ont pas la licence nécessaire), son pub de quartier avec musique live… En prime il dispose d’une gare qui dessert régulièrement le centre ville avec un passage à niveau dont la cloche sonne régulièrement (on a beaucoup chanté « L’Ecole est finie » de Sheila) et des trains qui sifflent (on a moins chanté « J’entends siffler le train » de Richard Anthony). Bellair, la rue qui longe la voie ferrée est la plus sympathique, avec des mosaïques sur le trottoir.

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Une des mosaïques de Bellair (projet collaboratif de 1997), chopée sur le web

C’est essentiellement un quartier résidentiel, avec des maisons ouvrières typiques du 19e siècle, retapées dans les dernières décennies et habitées par une population, disons, moins ouvrière. On les appelle Victorian terraced houses, ce qui signifie en gros maisons jumelées ou mitoyennes.

Là où nous étions, elles sont disposées dos à dos et séparées par une allée de service bien pratique pour les garages, les poubelles, les jeux d’enfants, etc.

<ah oui, juste une précision: j’ai pété mon appareil photo, alors la plupart des illustrations sont issues du web ou de mon téléphone, en attendant qu’on extraie celles de JC des profondeurs de son iPhone>

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Vu d’en haut (!)

Nos hôtes, Ben et John, sont responsables de la restauration d’une bonne partie des maisons du quartier. Pendant plus de vingt ans, ils en ont fait leur occupation principale (avant de s’essayer à la vie paysanne et élever du bétail!). Curieusement, celle où ils ont choisi de s’installer n’a rien de ce côté typique. En revanche, ce qu’ils en ont fait est plutôt sympa. Nous résidions dans un petit studio au fond du jardin, avec une entrée indépendante qui donnait justement sur l’allée de service, qui sentait bon l’acacia et l’eucalyptus.

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Notre allée qui sent bon l’acacia et l’eucalyptus (merci Google Street View!)

Pour continuer dans les anecdotes immobilières, si j’ai bien compris, les ventes se font quasi-exclusivement aux enchères, ce qui explique pourquoi nous n’avons jamais vu de prix de vente chez les agents immobiliers (nous ne cherchions pas à acheter, mais c’est bien de se faire une idée). On trouve, par contre, le prix final sur leur site web une fois la vente réalisée. Les enchères se font en général après des journées « portes ouvertes » où il arrive souvent que les gens du quartier se joignent aux acheteurs potentiels pour satisfaire leur curiosité. J’avoue que j’aurais bien aimé en avoir l’occasion aussi! Les enchères sont régulièrement conduites dans la rue, devant la maison. Ce doit être un spectacle curieux.

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Non parce qu’à vendre il y avait celle-là…
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Pas très « maison ouvrière typique », j’en conviens

Comme le monde est petit, les Dames de Glasgow Street connaissaient les propriétaires du Rusty Fox, sur Mcaulay Road. Nous croyions qu’il s’agissait d’un bar et nous avions hâte de voir la saison des fêtes se terminer pour y passer nos soirées dès la réouverture. Erreur! C’était un petit restau/épicerie (nous aurions dû nous en douter) de très bonne qualité, certes, mais où nous n’allions pas pouvoir passer tout notre temps!

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L’endroit où nous sortions dans le quartier se trouvait à une centaines de mètres plus haut, dans la même rue, le Hardiman Hotel. Je me suis longtemps demandé si les « hotels » qui abondent en Australie et ressemblent plus à des bars qu’à des lieux de résidence, étaient vraiment des hôtels à l’origine. Le Hardiman a répondu à cette question: il comptait un certain nombre de résidents (Là aussi, je pense qu’il y aurait eu des histoires à glaner). En fait, en cherchant un peu plus loin, j’ai appris que tous ces hôtels (et il y en a beaucoup!) étaient une partie importante de la culture australienne, les pubs avaient quasiment tous une fonction d’hébergement (pour les paysans qui venaient en ville, comme pensions pour les célibataires, et dans leur version rurale pour les saisonniers). Une loi de suppression des licences pour les bars sans hébergement, dans les années 1890, serait à l’origine de cette importante proportion d’hôtels dans le paysage australien actuel. Je ne suis pas sûr qu’à ce jour ils continuent tous à proposer des chambres.

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Vue de la terrasse

http://www.hardimans.com.au/

John nous a raconté que le Hardiman était assez mal famé jusqu’à la réappropriation du quartier par un nouveau type d’habitants. Les rixes y étaient fréquentes. Ce n’est plus le cas. Nous y avons rencontré le patron, Rick, le cuisinier (un Toulousain en PVT) et surtout Miss Dee, la chanteuse qui animait tous les mercredis et avec qui nous avons bien sympathisé. (Je n’ai pas pu la placer dans la catégorie « Découvertes locales » parce que sa musique n’est pas encore sur le net).

miss dee

https://www.facebook.com/MissDeeMusicIsMe

J’ai aussi fait une fixation sur les colonnes de ce pub où ont peut imaginer toutes sortes de figures et de formes fantastiques dans la peinture poncée. Une sorte de test de Rorschach géant.

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Petit jeu : dans les photos ci-dessus, vous voyez quoi ? (les réponses ne seront pas publiées, juste une synthèse, éventuellement…). Vous pouvez cliquer sur le diaporama pour passer à la photo suivante ou précédente, ou faire pause sur celle qui vous inspire.

Assez joué, maintenant, reprenons:

En élargissant un peu le cadre, en cinq minutes de marche, nous pouvions rejoindre Princes Highway, une autre artère bordée de commerces et de restaurants dont certains nous laissent un excellent souvenir (d’autres moins!). Et avec plus de courage, le suburb suivant, Footscray, très majoritairement asiatique.

Donc, voilà, je persiste et signe, si nous n’avions pas connu les charmes de Collingwood/Fitzroy pendant les deux mois précédents, et si nous n’étions pas arrivés pendant la période désertique des fêtes de fin d’année (imaginez la France non balnéaire en plein mois d’août), nous aurions certainement su apprécier Kensington à sa juste valeur. C’est assurément un endroit typique en dehors des sentiers battus où les touristes se font très rares.

Nous sommes partis de Melbourne le jour de la fête nationale, Australia Day, les rues Macaulay et Bellair étaient fermées à la circulation pour une fête de quartier familiale et bon-enfant avec course de billy carts. Pas exactement notre tasse de thé, mais sympa quand même. De toute façon, nous n’y avons participé qu’en traversant avec nos valises pour rejoindre Sydney… mais ça, c’est une autre histoire.

billy cart

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