Notre coin du monde

Projet abandonné faute de temps pour le mener à bien, Notre coin du monde se voulait le contraire d’un guide touristique.

Il n’y était pas question de rassembler des informations pratiques pour que les voyageurs trouvent leurs marques dans la ville, c’était une démarche plus ou moins artistique basée sur le fait que tout voyage est condamné à n’être qu’une expérience partielle.

L’idée, bien sûr, m’est venue sur le Capricorn Highway. Alors que nous faisions route dans le cœur du pays, la perception que nous en avions resterait toujours dans les limites de ce que nous pouvions voir sur le bord de ce long chemin. Notre expérience était littéralement linéaire.

Dans une deuxième partie du blog australien, je voulais pousser cette logique un peu plus loin et passer du linéaire au ponctuel.

Avec une série de courts entretiens dans une zone très limitée, je voulais essayer d’écrire un nouveau type de récit de voyage. La zone aurait été notre quartier de prédilection: le segment de Smith Street entre Gertrude et Peel Street. Le sujet: les gens qui y travaillent, qui y habitent ou qui y sortent.

J’ai commencé à approcher des commerçants en leur présentant l’idée. Certains y étaient réfractaires, d’autres devaient demander l’autorisation à leur patron, d’autres enfin étaient assez enthousiastes. Nous aurions discuté de l’endroit, de ses spécificités, et qui sait jusqu’où ces conversations nous auraient menés ?

J’imaginais le produit fini comme des articles pour ce blog, bien sûr, que j’aurais traduits en anglais, avec peut-être des morceaux filmés, des portraits photoshopés…Interrompu dans mon élan par la période des fêtes et notre déménagement à Kensington, je n’ai pas donné suite.

En attendant, voici la version light de cet anti-guide touristique, sans les portraits. C’est un peu comme décrire les décors sans y mettre de personnages, mais bon… 

Smith Street marque la limite entre les quartiers de Collingwood à l’ouest et Fizroy à l’est, deux suburbs réputés pour leur vie culturelle et nocturne. Le guide dont nous disposons et qui, depuis que nous avons vu qu’il ne parlait quasiment pas des Breakaways, nous semble assez médiocre, parle plutôt de Brunswick Street, l’artère suivante. Nous préférons Smith.

Il y a un site qui décrit les rues de Melbourne commerce par commerce:

http://www.smithstreet.net.au/

C’est une démarche intéressante, mais qui ne rend pas du tout l’ambiance du quartier et qui n’a pas été remise à jour depuis longtemps, et apparemment, les choses changent très vite. C’est malgré tout une bonne base pour commencer la description.

 

 

Commençons par les endroits que nous avons fréquentés.  Ce qui m’épate, ici, ce sont les  librairies. Je m’étonne toujours de voir que chaque quartier en compte au moins une et très souvent plus de deux, des vraies librairies, pas des maisons de la presse, la plupart sont un peu spécialisées, et souvent doublées d’une autre activité, comme la vente de disques (vinyl) ou la restauration. Ou les deux. Sur notre coin de Smith, il y en a deux.

Searchers, qui se spécialise dans l’occasion (livres et disques) et où j’aurais pu passer des jours entiers. L’un des vendeurs était très pour le projet…

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Et Horton Books qui, à chaque fois que je passais devant, avait quelque chose en vitrine que je voulais acheter. Dur de résister. Je n’ai cédé qu’une seule fois. La libraire était très sympa. Un jour où je flânais, un livre avait disparu. Elle était dépitée : « Quel genre d’individu peut s’en prendre à une si petite boutique? ». Ce n’étais pas tant le vol qui la désolait, que l’atteinte au charme de la boutique. Pour finir, elle a retrouvé le livre, recouvert par celui qu’un client avait replacé au mauvais endroit. Un livre de photos. Là aussi, j’aurais pu y passer des heures.

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Un pays qui n’a ni Amazon, ni Fnac, ni Megastore, ça donne ça. Et c’est bien.

Nos deux QG étaient aussi dans cette rue:

Le Grace Darling qui faisait un happy hour très abordable avec une terrasse ensoleillée. J’ai abandonné le projet avant de parler aux barmen. Pensant que ce serait sans doute le plus simple, je m’étais dit que je les garderais pour la fin. Au Grace Darling, il y avait un habitué quotidien, un homme imposant d’une soixantaine d’années, avec une queue de cheval, qui était toujours assis à la même place avec un pichet de bière et un livre, parfois avec un ami, souvent seul. Un jour j’ai surveillé sa place pendant qu’il allait aux toilettes (wow!). Il aurait certainement fait un bon sujet.

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Grumpy’s Green, de loin notre bar préféré, avec son beer garden et surtout sa musique live six jours par semaine, avec somme toute assez peu de fautes de goût! Le manager, Ali, semble beaucoup trop jeune pour ses fonctions. J’aurais bien aimé savoir comment il en est arrivé à s’occuper de cet endroit. Le lieu se dit écologique, « Nos bières, nos vins et la nourriture que nous servons sont des produits locaux. Notre mobilier est recyclé et nous nous éclairons autant que possible à la bougie, nous captons l’eau de pluie pour les toilettes et nous utilisons du papier toilette australien recyclé ». C’est une manière de justifier un mobilier de récupération très usé qui fait le style du bar, les quelques bougies chauffe-plat sur les tables et la propreté toute relative des WC. Je me pose des questions sur le processus de recyclage du PQ… En tout cas, on s’y plaisait.

 La grande majorité de nos découvertes musicales locales ont eu lieu à Grumpy’s.

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En face de ce bar, une sandwicherie nommée Huxtaburgers a la réputation de faire les meilleurs burgers de a ville.

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Mais il y a aussi des boutiques où nous n’avons jamais mis les pieds:

De nombreux restaurants, des sandwicheries et des bars, dont le Copacabana, qui comme son nom l’indique est assez spécialisé salsa

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Un serrurier. J’aurais aimé interviewer le locksmith de Smith!

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Deux bureaux de comptables, dont un, mon préféré, avec des tonnes de papiers étalés dans tous les sens en fin d’année, les cheveux hirsutes comme M. Heckles dans Friends.

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Trois barbiers (en plus de celui qui donne de la bière dans la rue voisine!), un classique, le Smith Street Barber, un plus inquiétant The Drunken Barber (le barbier saoul) et un à la mode, Ivan’s, qui était prêt à me raconter plein d’anecdotes.

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Un magasin de gemmes et perles, à côté du siège du représentant travailliste du quartier…

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Un herboriste chinois installé depuis plus de quarante ans… La boutique est presque entièrement constituée de petits tiroirs blancs fermés.

chinois

Une agence immobilière, j’aurais pu y trouver quelques histoires, je pense. Plus que dans le magasin de meubles  côté, où la vendeuse devait demander la permission de me parler…

real estate

Un autre magasin de meubles en fin de bail…

En fait, je me rends compte en écrivant cet article et en recherchant des sources sur le web, que la fin des baux entraîne un renouvellement très rapide des fonds de commerce. Le site en référence, mais aussi Google street view, donnent l’image d’une Smith Street que nous n’avons pas connue. Des bars ont fermé, des restaurants ont ouvert, toute une rangée de bâtiments a disparu pour laisser la place à un grand trou qui sera rebâti bientôt pour abriter, si j’ai bien compris, un centre culturel et artistique.

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Le début du trou à gauche, les bâtiments sur la droite ont disparu

Ce détail inattendu aurait rendu mon anti-guide d’autant plus rapidement obsolète. 

Je regrette de ne pas avoir mené à bien ce projet. Mais pour tout dire, quand j’étais enfin prêt et décidé à me lancer (ce n’est pas si facile d’aborder des inconnus avec ce genre d’idée…), les fêtes de fin d’année étaient arrivées et l’ambiance de la rue, c’était ça:

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En fait il m’aurait fallu un mois supplémentaire. Je garde l’idée, on ne sait jamais. Elle sera peut-être recyclée ailleurs.

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