Sur la route (4) – Ce qu’on n’attendait pas

La plupart des histoires de quête racontent un aller simple. Je suis sûr que vous croyiez tous que le récit de nos aventures en camper van était terminé. Il y avait quelques indices trompeurs, comme le fait que je n’ai rien écrit à ce sujet depuis de longues semaines, ou l’imminence de notre départ. Eh bien c’est faux. Après Uluru, il reste encore une bonne quantité de route à relater.

Mais pour commencer, une petite devinette: qu’appelle-t-on le Salut australien ? [réponse à la fin de l’article]

Bon, il faut être juste, une grande partie de cette route vers le sud est aussi monotone que la traversée du désert sur le Capricorn Highway, même si les cadavres de kangourous s’y font plus rares et les aigles plus fréquents, ça reste du désert. Nous nous arrêtons moins.

Un aspect de l’outback qui n’est pas trop vanté dans les guides touristiques, c’est l’omniprésence des mouches. Des petites mouches énervantes qui ne te lâchent pas une seconde et qui semblent penser que c’est socialement correct de se poser sur toi avec une cinquantaine de copines dès que tu sors de ton véhicule et, si possible, de visiter tes oreilles ou tes narines. A défaut, le coin de l’œil leur plait bien aussi.


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Ah, c’est sûr, c’est plus sexy de parler de crocodiles mangeurs d’hommes, de requins, de méduses mortelles, d’araignées et de serpents venimeux, et ils existent. Mais nous autres, voyageurs de l’extrême, avons surtout rencontré des mouches.

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Pour éviter l’invasion desdites mouches, il est interdit de transporter des fruits au-delà des frontières de certains états, comme l’Australie du sud, par exemple. Il est demandé à tous les voyageurs de manger ou de jeter leurs fruits avant de passer la ligne imaginaire, à peine matérialisée sur la route, entre deux entités politiques. Nous avons bien sûr obtempéré, pensant qu’il y aurait des contrôles. Nous n’en avons pas croisé. Je ne sais pas mais j’ai des doutes sur l’efficacité de ces mesures. Les mouches, en tout cas, ne nous ont pas semblé très différentes de l’autre côté. Ni moins nombreuses. Après de longues heures de réflexion (la route est monotone), je finis par me dire qu’il s’agit peut-être de contrôler une autre espèce de mouches. J’en aurai la confirmation plus tard, dans les informations nationales, la mouche qui n’a pas le droit de passer les frontières n’est pas la musca vetustissima, mais la bactrocera tyroni ou fruit fly qui saccage les plantations d’agrumes et provoque une certaine tension entre les états. Ca aussi, c’était inattendu : une tension entre les états de l’Australie. On peut être naïf quand on découvre un pays…

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Nous continuons notre chemin après un déjeuner littéralement frugal. Le désert continue de s’étendre à perte de vue, il n’est pas beaucoup moins rouge que dans le centre. Soudain, nous commençons à apercevoir des grands monticules blanchâtres à l’horizon. Ce ne sont pas des termitières ultra-géantes, mais des terrils issus des mines d’opale de Coober Pedy, notre prochaine étape.

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Terrils

Le nom Coober Pedy m’est familier, mais je ne parviens pas à me souvenir pourquoi. J’apprends dans notre guide que c’est la déformation de Kupa Piti, le trou de l’homme blanc dans la langue aborigène locale. C’est une ville qui n’est pas entièrement troglodyte mais où de nombreuses galeries souterraines abritent des commerces et des habitations. La ville connaît des températures extrêmes et, tant qu’à faire que de creuser pour trouver de l’opale, autant en profiter pour trouver un peu de fraicheur. On ne peut pas dire que l’endroit soit très pittoresque, mais c’est une curiosité. Nous mangeons dans  un restaurant souterrain où nous sommes très bien accueillis, les salles sont en effet taillées dans la roche blanche, et elles sont plutôt fraîches. Le restaurateur, très heureux de voir des touristes, nous fait goûter sa bière. Bon elle n’est pas exactement faite par lui, elle vient de Melbourne, mais l’entreprise qui la produit customise les étiquettes. Elle est bonne, hein ? Nous ne sommes pas impressionnés, mais nous restons polis. Il y a du WiFi. L’étape est plaisante. Mais je ne me vois pas passer mes vacances dans ce trou (littéralement). Et je ne me souviens pas pourquoi ce nom est familier. Du moins jusqu’à ce que nous trouvions des dépliants touristiques nous apprenant que Coober Pedy, et notamment les Breakaways voisins ont servi de décor à Mad Max III (celui avec Tina Turner), Jusqu’au bout du monde de Wim Wenders et Priscilla, folle du désert. OK, c’est donc ma culture cinématographique qui revient à la charge. J’aimerais pouvoir prétendre que c’est Wenders, bien sûr, mais pour l’avoir revu récemment à la télé, je suis obligé d’admettre que l’origine de mon érudition, c’est Priscilla.

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Mines de jade
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Emblème de la ville

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Cheminées des maisons souterraines

Notre guide ne dit rien sur les Breakaways. Ils sont, d’après les dépliants, à une petite trentaine de kilomètres de Coober Pedy. Allez, ce serait bien de voir le décor de Mad Max, non ? On y va. Evidemment, quitter la route avec le camper van est un peu hasardeux. La piste est à peu près correcte, mais nous préférerions quand même rouler en 4×4. Tout notre équipement de confort vibre et soubresaute de manière inquiétante. Nous roulons lentement. Nous apprenons par un premier panneau que nous entrons sur le territoire sacré des Antakirinja Matuntjara Yankunyjatjara. A défaut de pouvoir prononcer leur nom, nous acceptons implicitement de respecter les lieux. Et après quelques minutes de cahots sur la piste, un nouveau panneau : Road ends. La fin de la route, le bout du monde, très Wenders. On continue ? Le désert s’étend de chaque côté, c’est beau, certes, mais on en a bouffé pendant plus de 4000 bornes, et comme les bolides de Mad Max ne sont pas en train de nous pourchasser, nous commençons à douter de l’intérêt du voyage. La piste monte un peu et nous décidons de voir ce qu’il y a au-delà de la côte avant de faire demi-tour.

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Encore du désert

 

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Jusqu’au bout du monde

 

Et ce qu’il y a, c’est ça :

Une nouvelle collection de merveilles géologiques qui nous coupe le souffle. C’est du vrai grand wow parce que ça s’étend à perte de vue et c’est magnifique, mais aussi et surtout parce que c’est inattendu. Uluru, nous l’avons étudié avant de l’atteindre. Les Breakaways nous arrivent en pleine gueule.

On oublie Mad Max, Wenders et Priscilla. Dans le silence, entrecoupé de quelques bourdonnements de mouches, quand même, nous nous imprégnons de ce paysage.

Dire qu’on a failli faire demi-tour. Connerie de guide !

Petit jeu: retrouvez les Breakaways dans ces extraits… Parfois, c’est très discret.

 

 

Et maintenant la réponse à la devinette:

 

Le salut australien, Aussie salute en VO, est le geste de la main que tout le monde de fait pour chasser les mouches!

 

 

 

2 commentaires sur “Sur la route (4) – Ce qu’on n’attendait pas

  1. Je me réveille dans notre Normandie bien pluvieuse et qui a bien froid ce matin et je découvre ce magnifique reportage et cette histoire de mouches dont nous n’avions pas entendu parler. Merci Stef et JC pour ce tour d’horizon. Photos superbes. Humour et découverte. C’est vraiment sympa pour nous de vous suivre virtuellement. Je guette la suite, comme toujours…

  2. Je profite que vous ayez la WIFI pour vous faire ce petit coucou et suis rassurée de savoir que vous allez bien !! Très belles photos et les commentaires vont bien avec merci et à très vite .Bisous bisous.

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